Dernière modification le 1 avril 2026
Durant les premiers jours après mon « réveil », j’entendais continuellement parler d’un certain docteur Paul ; il résolvait toutes les complications et les imprévus.
Médecins comme infirmiers s’adressaient à lui en cas de doute et, dès qu’une urgence se présentait, il était le premier appelé.
Bref, plus qu’un médecin, c’était une sorte de super-héros, il était toujours présent et, s’il ne l’était pas, il arrivait en l’espace de quelques secondes.
Réalité ou hallucination ? Je ne le comprends toujours pas précisément aujourd’hui ; cela semblait si réel qu’il est difficile de considérer cela comme une hallucination.
Peut-être un mélange des deux ?
Quelques jours après mon réveil, mon épouse est venue me voir et, à cette occasion, elle m’a dit : « Tu ne le reconnais pas ? »
Personnellement, il ne me semblait pas l’avoir déjà vu ; de plus, avec le masque, il était difficile de reconnaître les gens.
Gardez à l’esprit qu’à cette période, on me bourrait de médicaments, j’avais encore la trachéotomie et la sonde naso-gastrique, en plus des dispositifs veineux et artériels qui entraient par mes bras et mon cou, et pour ne rien oublier, j’avais aussi la sonde urinaire.
Être hébété et avoir des hallucinations pouvait être une condition « normale ».
Quoi qu’il en soit, je lui ai fait signe que « non » de la tête. Et elle : « Mais si, c’est Paul notre ami, tu ne te souviens pas ? »
Je fus surpris, je savais que Paul travaillait à l’hôpital, mais je ne me souvenais pas qu’il était médecin.
Eh bien oui, je m’étais convaincu que Paul était le Super Docteur qui résolvait tous les problèmes de nous, les patients.
En réalité, Paul est un de mes chers amis que je connaissais déjà avant la maladie.
C’est un infirmier en soins intensifs doté d’une très grande expérience (c’est peut-être pour cela que je le voyais comme le docteur Paul) que j’ai pu apprécier en tant que personne et professionnel pendant et après mon hospitalisation au Cardiocentro Ticino.
Pendant mes hallucinations, il était toujours avec moi, il me tirait d’affaire et m’aidait à résoudre les diverses situations de danger dans lesquelles je me fourrais, mais je vous en reparlerai plus tard.
Il était l’un des infirmiers qui m’assistaient, mais ne connaissant pas mes habitudes, il me rasait complètement pendant la période où j’étais sous sédation.
Oui, car j’ai toujours porté la barbe « de quelques jours », alors que lui aimait les visages « propres » et sans poils.
Paul est l’un de ces infirmiers « à l’ancienne », avec une expérience incroyable, qui est toujours en mouvement (jour et nuit) et qui est toujours au contact de ses patients ; il continue de passer de box en box en interprétant l’état des patients à partir de petits signes comme la couleur de la peau, les mouvements des paupières, les gouttes de sueur sur le front… en plus des divers instruments dont sont équipés les services de soins intensifs.
Quelques mois après ma sortie de l’hôpital, une sortie… forcée à ma demande, je l’ai invité à déjeuner avec sa femme et nos amis communs Maria Antonietta et Alexander.
Alexander est un vrai médecin, et non le fruit de mon imagination.
La sortie a été forcée car je ne voulais plus rester loin de chez moi, loin de ma femme, de mes enfants et de ce qui restait de ma famille ; oui, la perte de mes parents me laissait un sentiment de vide que je n’arrivais pas à combler.
Lors de cette splendide soirée d’été, grâce à mon épouse et aux délices apportés par Maria Antonietta et par la femme de Paul, nous avons pu passer un merveilleux moment en compagnie.
À cette occasion, Paul m’a offert un livre, en anglais, intitulé « BREATHE IN BREATHE OUT, A Surviving ECMO Story ».


Au premier abord, ce cadeau m’avait déstabilisé, d’une part à cause de la langue et d’autre part à cause du thème traité ; cette expérience, je l’avais vécue, elle n’avait pas été agréable et les résultats n’étaient pas ceux que j’espérais !
Oui, j’avais survécu, mais à quel prix et avec quels dommages.
Les premiers jours après le dîner, j’ai laissé le livre dans un coin et je l’ai ignoré.
Après quelques semaines, j’ai commencé à le feuilleter, mais mon anglais est limité ; j’ai dû utiliser l’appareil photo de mon téléphone pour photographier les pages, afin de les traduire ensuite avec un logiciel. Cela devenait très laborieux !
Pendant un temps, j’ai laissé tomber, mais le contenu de ce livre m’intriguait, je voulais savoir si quelqu’un d’autre avait vécu mon expérience, s’il était passé par ce que j’avais traversé.
Mon anglais ne me permettait cependant pas de le lire.
J’ai essayé d’en chercher une copie en italien, mais le livre n’a pas été traduit dans d’autres langues.
J’ai essayé d’en chercher une copie numérique, pour pouvoir la soumettre à des logiciels de traduction, mais cette option n’était pas non plus réalisable.
J’étais curieux de savoir comment Adam York avait affronté cette terrible expérience, même s’il ne s’agissait pas du Covid ; c’était en 2018, donc avant la pandémie.
Ces jours-ci, mi-novembre 2023, je me suis décidé : j’ai fait découper le livre dans une papeterie, afin de pouvoir numériser le contenu à l’aide d’un scanner.
Maintenant, je traduis un chapitre par jour de l’intégralité du livre à l’aide d’un logiciel de traduction, puis je révise la traduction sur le plan littéraire en langue italienne.
C’est un travail de titan, mais cela me permet de lire le livre plus en profondeur et de saisir les sensations qu’Adam voulait transmettre par son écrit.
Et pourquoi pas… je pourrais peut-être demander à l’auteur si cela l’intéresse de traduire son livre en italien.
Affaire à suivre….
Ce livre, la suggestion de Carrmen (collègue de Paul) et la rencontre avec le groupe d’entraide post-soins intensifs du Cardiocentro Ticino m’ont convaincu et motivé à créer ce blog et, à l’avenir, peut-être aussi un livre et/ou une vidéo documentaire.
